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La Capitale du duché de Bucovine qui fut Cernauti, Czernowitz, Tchernovtsy, Chermivtsy : Czernowitz capitale de la Bucovine résonne comme celui d'un fantôme dans la mémoire européenne.Cenauti-centre ville - BUCOVINE.com

Adossée au versant oriental de la chaîne des Carpates, la ville se trouve aujourd'hui en Ukraine, tout près de la frontière septentrionale de la Roumanie.

Czernowitz est son nom allemand, celui que l'on utilise encore par commodité. Mais pour les Ukrainiens elle est Chernivtsy, pour les Roumains Cernauti et pour les Russes Tchernovtsy. 

Avant de devenir ukrainienne en 1945, Czernowitz fut la capitale de l'ex-duché de Bucovine, puis elle fut cédée par l'ex-empire ottoman à l'ex-empire austro-hongrois.
 
En 1918, la Bucovine, devient province de l'ex-Grande Roumanie, elle est aujourd'hui ukrainienne après avoir été annexée par l'URSS en application du pacte germano-soviétique de 1939.

Pendant près de trois quarts de siècle, de la fondation de son université en 1875 jusqu'à la deuxième guerre mondiale, cette ville fut un foyer culturel d'une intensité tout à fait extraordinaire.
 

Il est a noté que le jeune Mihai Eminovici fera des études de 1857 - 1862 à Cernauti. Il deviendra le plus grand poète et écrivain Roumain plus connue sous le nom de Mihai Eminescu.Cernauti Cathedrale du Sacré Coeur-BUCOVINE.com

La région est transférée à la Moldavie, qui s'est fondue entre-temps avec la Roumanie, indépendante depuis 1878.
 
Czernowitz devient Cernauti et conserve sa population mêlée de Juifs (en majorité), de Roumains, de Ruthènes et d'Allemands.

Elle conservait deux langues officielles jusqu’en 1924, l’allemand et le roumain, puis après cette date, le roumain seul.

Le réseau institutionnel de la culture germanophone était détruit par la rupture du cordon ombilical avec la métropole viennoise.
Malgré tout, l’allemand demeurait la langue de communication privilégiée dans les familles.
 

Ce maintien, au cœur même d’un pays pratiquant de toutes ses forces l’assimilation, tenait du miracle.
Le choix linguistique des familles était souvent influencé par les mères, dont le culte pour la littérature allemande remontait si loin qu’il avait acquis force de tradition.Cernauti Palais Mitripolie Orthodoxe de la Bucovine- BUCOVINE.com

Mais dans les quartiers populaires et les faubourgs, c’était rarement la langue châtiée que l'on entendait mais du « Hochdeutsch. Ceux qui ne parlaient pas yiddish, s’exprimaient dans un allemand dialectal, aux multiples accents, le « Bukowinerisch », ou « Bukowiner Deutsch ». 

Délaissant l’orthodoxie de la famille, certains étaient devenus commerçants ou fondés de pouvoir de sociétés d’import-export, de commerces ou de banques.

 Ils étaient restés toutefois respectueux d’une certaine tradition : la cuisine était casher, le shabbat traditionnel, les principales fêtes juives célébrées, de la même façon que l'on lisait la Bible, la Cabale et les récits hassidiques.

A New York, en 1928, près de 10.000 Bucoviniens ce retrouvèrent dans le « ghetto » américano bucovinien, une grosse partie des quelques Bucoviniens de l’État de New York est rassemblé dans au moins dix associations de ressortissants du duché de Bucovine. 
Cernauti La Gare - BUCOVINE.comOui ! nous parlons encore du duché de Bucovine, les portraits de François-Joseph et du prince Rodolphe ornent les murs des salles.

Ils vivent dans leurs vieilles pensées et racontent des récits et des souvenirs de ces jours disparus, comme si cela était hier.

Dans les rues de Czernowitz, dès avril 1933, des pro-nazis déambulaientt, bras dessus bras dessous avec les fascistes roumains.

Le quotidien allemand local, "Deutsche Tagespost", faisaient sienne, sans aucune réserve, la politique nazie. Ils encourageaient le rejet des juifs de toutes les branches professionnelles et le boycott de leurs commerces.Cernauti Le centre ville - BUCOVINE.com

En 1938, le Parti antisémite et fasciste d’Octavian Goga avait pris le pouvoir. Le gouvernement Goga-Cuza avait légiféré un programme antisémite très similaire à celui prôné par la Garde de Fer. La croix gammée ornait la façade de l’hôtel de ville de Czernowitz.

Tous les journaux juifs, de la ville furent fermés. Parler yiddish ou hébreu dans les rues ou les lieux publics devint un délit. Comme sous d’autres cieux, les Juifs, il s’en faut, ne virent pas tous arriver la tempête. Les cafés, les théâtres et les terrains de sport étaient pleins. En dépit de tout, très peu quittèrent la ville.

Le gouvernement Goga fut renversé après quelques mois. Le roi Carol imposa une dictature. Moins d’un an plus tard, la Seconde Guerre mondiale éclatait. 

La Roumanie tenta de donner des gages à l’Allemagne, sans se couper totalement de l’Occident. Mais après l’anéantissement de la Pologne et l’effondrement de la France, elle ne pus que s’aligner sur l’Axe.
Cernauti Tour du conseil Ratuch -BUCOVINE.com
Hitler n’éprouva nul besoin de ménager son allié et en quelques mois le démembra. La Bucovine fut coupée en deux, le Nord fut livré aux Russes.

En 1940, pendant la retraite des troupes roumaines, opérée dans un climat de rancoeur, de nombreux juifs furent massacrés.

A l’arrivée de l’armée rouge, dans un premier temps, les Ukrainiens et certains jeunes Juifs manifestèrent leurs sentiments anti-roumains et reçurent les troupes russes dans la liesse.
Les parents n’étaient pas aussi enthousiastes.

Une grande partie des communistes juifs (et non juifs) qui s’étaient emparés des ministères et des institutions publiques, y accrochant des drapeaux rouges, furent immédiatement chassés par les autorités civiles soviétiques. 

La situation économique se dégrada de manière dramatique ; les produits de première nécessité manquaient. Des maisons, des usines, des banques et des commerces furent réquisitionnées. Cernauti monastere - BUCOVINE.com

Les Russes nationalisèrent tous les biens du jour au lendemain, les écoles devinrent ukrainiennes ou russes.
Pour les Juifs, seules deux écoles fonctionnèrent en yiddish, elles étaient dirigées par des Commissaires de Moscou.

Le 13 juin 1941, des unités du NKVD patrouillèrent dans les rues de la ville, à la recherche de bourgeois, de sionistes, d’espions roumains et d’ennemis du pouvoir. Ils arrêtèrent ainsi 3.800 personnes, dont plus de la moitié de Juifs. Les « coupables » furent déportés en Sibérie, mais restèrent d’abord trois jours à la gare dans des wagons fermés.

C’était le début d’une opération que les Soviétiques avaient l’intention de poursuivre. L’invasion allemande, une semaine plus tard, devait les obliger à changer leurs plans.

Le 22 juin 1941, Hitler attaquait l’Union Soviétique. Onze jours plus tard débutait l’offensive roumaine. Les Soviétiques durent évacuer Czernowitz. Les autorités civiles se soucièrent surtout du rapatriement des hauts fonctionnaires et des personnalités du Parti venues d’Union Soviétique.

Au moment du départ des derniers trains de voyageurs, ils invitèrent les habitants à aller en Russie. Quant aux étudiants, ils leur intimèrent l’ordre de les suivre. L’armée rouge, par ailleurs, enrôla environs 1.500 hommes, ceux qui ne se présentèrent pas de leur plein gré furent tués.

L’hiver 1942 fut si rude que les déportations durent être arrêtées, les tempêtes de neige ayant stoppé l’activité ferroviaire. Mais en été, les transports reprenaient. Les fascistes roumains et les Allemands arrêtaient les Juifs directement chez eux, et les conduisaient au terrain de sport du Makkabi, devenu lieu de concentration des déportés. Puis, ils étaient transférés dans la partie méridionale de la plaine du Bug, dans un camp appelé simplement : "carrière de pierre" (un lieu sans nom).Cernauti-hotel de ville - BUCOVINE.com

Au début de l’année 1945, le bruit courut, à Czernowitz, que les Russes avaient l’intention d’expulser les Juifs. Officiellement, il ne s’agissait que d’un déplacement volontaire pour la Roumanie. La frontière n’était pas très surveillée et certains avaient déjà pu la franchir.

A l’automne 1945, la Bucovine avait, une fois encore, changé de maître. L’Union Soviétique en annexait la plus grande partie qui était désormais ukrainienne. Les Juifs prirent la nationalité russe ou émigrèrent. 
 

A Tchernivtsy, les intellectuels, les médecins, les écrivains ou les poètes de renoms ne sont plus là. Ils ont émigrés à travers le monde, mais ils ont su transmettre à leurs enfants, petits-enfants le souvenir d’une ville ou il faisait bon vivre ... Czernowitz.

Bucovine du Nord et Ukraine : 
En 1991, après l’effondrement de l'URSS, l'indépendance de l'Ukraine arriva et la partie septentrionale de la Bucovine fut partagée entre l'Ukraine et la Moldavie.
 

L'annexion de la Bessarabie (actuelle Moldavie) a inaugurée pour une partie de la population roumaine une histoire différente de celle de la Roumanie.
Aujourd'hui la Bucovine est donc coupée en trois parties, respectivement réparties sur la Roumanie, la Moldavie et l'Ukraine.

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Cléopatra Lorintiu est écrivain, poète, journaliste, chroniqueuse, éditrice, productrice, réalisatrice TV, grand reporter et diplomate
 
   
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