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Matéi Visniec
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 Le théâtre de Matéi Visniec

Né au nord de la Roumanie en 1956 (Bucovine). Il découvre très vite dans la littérature un espace de liberté. Il Matei Visniecse nourrit de Kafka, Dostoïevski, Poe, Lautréamont… Il aime les surréalistes, les dadaïstes, le théâtre de l'absurde et du grotesque, la poésie onirique, la littérature fantastique, le réalisme magique du roman latino-américain, même le théâtre réaliste anglo-saxon, bref, tout sauf le réalisme socialiste. 

Plus tard, parti à Bucarest pour étudier la philosophie, il devient très actif au sein de la génération 80 qui a bouleversé le paysage poétique et littéraire de la Roumanie de l'époque. Il croit en la résistance culturelle et en la capacité de la littérature de démolir le totalitarisme. Il croit surtout que le théâtre et la poésie peuvent dénoncer la manipulation des gens par les "grandes idées", ainsi que le lavage des cerveaux opérer par l'idéologie.

Avant 1987 il s'affirme en Roumanie avec sa poésie épurée, lucide, écrite à l'acide. A partir de 1977 il commence à écrire aussi des pièces de théâtre qui circulent abondement dans le milieu littéraire, mais qui restent interdites de création. Matei.Visniec(Avignon 1999)

En septembre 1987, il quitte la Roumanie, arrive en France, demande asile politique, commence à écrire en français et travaille pour Radio France Internationale. 

A ce jour, Matéi Visniec compte de nombreuses créations en France, une quinzaine de ses pièces écrites en français sont éditées (Actes Sud Papier, L'Harmattan, Lanzman). Il a été à l'affiche dans une vingtaine de pays. En Roumanie, après la chute du régime communiste, il est devenu l'un des auteurs les plus joués.

Pièces de théâtre éditées en français :

  • Trois nuits avec Madox, 1995, Éditions Lanzman.
  • Les partitions frauduleuse, 1995, Éditions Crater.
  • Théâtre décomposé ou L'homme poubelle, 1996, Éditions L'harmattan.
  • Les chevaux a la fenêtre, 1996, Éditions Crater.
  • Lettres aux arbres et aux nuages, 1997, Éditions Actes sud papiers, dans le recueil "Brefs d'ailleurs"
  • Paparazzi ou la chronique d’un lever de soleil avorté suivi de
  • Du sexe de la femme comme champ de bataille dans la guerre en Bosnie 1997, Éditions Actes sud papiers.
  • Comment pourrais-je être un oiseau ? 1997, Éditions Crater.
  • Petit boulot pour un vieux clown suivi de
  • L’histoire des ours panda racontée par un saxophoniste qui a une petite amie a Francfort, 1998, Éditions Actes sud papiers. 
  • L'histoire du communisme racontée aux malade mentaux 2000, Éditions Lanzman.
  • Le roi, le rat, et le fou du roi, 2002, Éditions Lanzman. 
  • Attention aux vielles dames rongées par la solitudes, 2004, Édition Lanzman.
  • Richard, Anton, et Cie : 3 pièces, 2004, Éditions Lanzman.
  • Du pain plein les poches, et d'autres pièces courtes 2004, Éditions Actes sud papiers.
  • Mais, maman, ils nous racontent au deuxième acte ce qui c’est passé au premier, L'Espace d'un instant, 2004

Le théâtre de Matéi Visniec la parole aux metteurs en scènes :

Théâtre décomposé ou L'homme poubelle

Matei.Visniec 2003Matei Visniec est le maître de l'écriture laconique du petit format concentréAffiche de l'homme poubelle de Matei Visniec  .

Il y a chez ce roumain une parenté avec Kafka, Mrozek, Borgès, et ce qui m'attire chez cet ancien otage d'une censure d'Etat refusant une vingtaine de ses textes, c'est qu'il y ait répondu en usant d'une autre langue, la nôtre. A Ionesco, Cioran, s'ajoute désormais Matéi Visniec.

Nous avons à faire ici à un théâtre modulaire articulé sur l'incongruité de situations limites. Dans ce miroir vertigineux et concasse, il n'y a pas une narration, mais un ensemble de fables parcourues d'actes de résistance de soumission absolue à un ordre public dont le centre est partout et la périphérie obsessionnelle. Le principe en sera chaque fois d'une logique aberrante, cercles dont on ne sort pas, bestiaire poétique et mortifère, univers à la réduction unidimensionnelle, à l'idée fixe, à la solitude dans l'agglutinement. Matéi Visniec est le scribe contemporain de l'absurde.

Gabriel Garran

Metteur en scène, Gabriel Garran est le créateur du Théâtre International de Langue Française à Paris, théâtre qu'il a dirigé pendant de nombreuses années. Il a mis en scène "L'homme poubelle" de Matéi Visniec en 2004.

"Mais qu'est-ce qu'on fait du violoncelle ?"

Quand on lit Matéi Visniec, on entre dans un autre monde. On oublie la loi, les lois, la loi de la pesanteur et rien ne s'oppose plus à ce revienne par le ciel ce qui vient de tomber dans l'abîme. Partout il est question de la terre, c'est un auteur dramatique qui travaille l'argile. Son art est de modeler le monde qui nous revient méconnaissable et pourtant plus vrai que nature. Ainsi, les personnages sont nos frères et nos frères deviennent des personnages. Pour le reste, tout est sous contrôle : les chevaux sont à la fenêtre, le voyageur"Petit boulot pour vieux clown" de Matéi Visniec est sous la pluie, Godot n'est nulle part, mais Madox est partout. 

Il y a chez Matéi Visniec, au-delà de l'absurde qui le rapproche de quelques géants, la vraie générosité qui permet toutes les audaces. Parce que c'est l'auteur lui-même qui prend les risques, qui met les mains dans le moteur, qui se jette dans le vide avec ses personnages. Il apporte un style neuf à un absurde qui commençait à sentir la fatigue, à faire son âge, et il nous fait voir à travers l'opacité de ce monde. 

En fait, une pièce de Visniec, c'est une petite boîte. Et j'imagine souvent toutes ces boîtes qui jamais ne s'emboîtent, mais qui tiennent en équilibre l'une sur l'autre dans un profond mépris de toute forme de pesanteur. Il y en a jusqu'au plafond et on ne comprend pas comment aucune ne tombe. On en saisit une, parce que sa forme nous plaît, nous invite. On ne sait jamais ce qu'on va y trouver. Certaines, d'ailleurs, ne sont pas si faciles à ouvrir ; on peut y laisser quelques ongles. Mais une fois le couvercle soulevé, il y a tout un monde, de la terre, des plumes et de la pluie. Et puis un instrument de musique qui brille dans un coin obscur. Et sur tout ce qui apparaît, tombe, en gouttes de rosée, un humour doux-amer, subtil tendre. 

Et puis, il faut refermer la boîte, et rien n'y rentre plus ! Comme un voleur, on remet le tout le plus discrètement possible et on s'en va, l'air faussement dégagé. C'est alors que l'on vous tape sur l'épaule : "Mais qu'est-ce qu'on fait du violoncelle ?"

Benoît Vitse 

Comédien et metteur en scène, Benoît Vitse a dirigé le Centre Culturel Français à Iasi en Roumanie, et le Centre Culturel Français à Kiev en Ukraine, avant de s'installer à Iasi pour diriger le Théâtre Ateneum.

Théâtre décomposé ou L'homme poubelle

Travailler, pour un comédien, ou un metteur en scène sur un texte de Matéi Visniec, c'est tout d'abord un plaisir des sens. Dès la première lecture on perçoit au plus profond de notre être comme la vibration d'un grand bateau qui nous propulse vers une destination que déjà nous avons pu pressentir, la sensation d'un grand volant qui tourne dans notre chair. 

Le plaisir du mot, le délire du langage. Et au fur et à mesure que la lecture avance, le bord de nos lèvres se distend et à force de petits cris, de rire plein la bouche on atterrit fatigué, repu et rompu dans un monde qui parfois est bien le nôtre. Alors on ouvre la fenêtre et essayant de regarder et de percer la pensée de l'humain on s'aperçoit avec stupéfaction que Matéi Visniec n'avait que quelques longueurs d'avance pour nous décrire des situations, nous donner des personnages que nous ne pouvions pas encore soupçonner. 

Yvan Romeuf 

Comédien et metteur en scène, Yvan Romeuf dirige à Marseille la compagnie L'Egregore et a monté "Théâtreaffiche de la piece:femme comme un champ de bataille décomposé ou l'homme poubelle".

"Mais qu’est-ce qu’on fait du violoncelle ?" 

Mais qu'est-ce que cette pièce signifie? 

Répondre en une phrase étranglerait la pièce.

Mais il faut pourtant s'essayer sans cesse à une explication en s'empressant de dire que ce ne sera pas "L'’explication", et que toute explication n'est qu'une vue partielle de l'ensemble. C'est une pièce, ajouterait encore Brook, pas un traité… 

Assurément, cette pièce traite de l'attente, des conditions de l'attente, de la difficulté d'agir, de l'homme gaspillant sa vie, des conséquences de cohabiter avec un monstre, de l'incidence des pouvoirs totalitaires sur le comportement diurne des individus, du bon sens, de la peur de l'autre, de l'incidence des pouvoirs totalitaires sur le comportement nocturne des individus et sur leurs rêves, de ces salauds de braves gens, de l'art, de la place des artistes, de l'homme diminué, paralysé, inutile, quasi-mort mais fou de bonheur d'être quasi-vivant, des choses qui font du bien quant elle s'arrêtent, de l'optimisme facile, du pessimisme communicatif, de ces gens qui se noient et qui, aux rares instants où ils refont surface, ne gâchent pas leur temps à crier au secours, mais disent simplement "la vie est belle"… 

On peut vivre l'instant avec plus de force. 

Lionel Astier 

Comédien et metteur en scène, Lionel Astier a monté "Mais qu'est-ce qu'on fait du violoncelle ?", spectacle présenté au Théâtre Lucernaire à ParisAffiche

L’histoire des ours panda racontée par un saxophoniste qui a une petite amie a Francfort

Attention, chez Visniec un sens peut en cacher un autre, et c'est au plaisir de tracer son chemin… 

C'est un texte qui donne envie de jouer parce qu'il est drôle, étrange, inhabituel. Parce que c'est une histoire d'amour comme chacun pourrait en rêver, inattendue, magique. Pas un coup de foudre. Plutôt un ange qui se poserait sur le bout de votre nez le matin, au réveil. Et qui vous entraînerait dans une passion unique, jusqu'au bout, jusqu'à la mort heureuse, légère. 

C'est l'histoire d'un musicien qui vit dans la musique des nuits, dans l'errance des noctambules, et qui, rencontrant cette femme, se laissera volontiers prendre dans la douce résille d'amour, un œuf infini, béatitude entre l'enfance et la mort. Sans doute le SON qu'il cherchait depuis toujours. 

C'est l'histoire d'une fée qui est peut-être une femme, sachant ouvrir toutes les portes, entendre à travers les murs, donner vie aux objets, offrir des animaux qui n'existent pas, parler sans les mots. C'est l'histoire une magicienne qui enseigne la dématérialisation en sept leçons, la lévitation en huit et la sérénité en neuf. 

Ça commence comme du boulevard, ça se poursuit dans la délicieuse poésie décalée de Visniec (comme dans ses courtes nouvelles bijoux "voix dans la lumière aveuglante"), ça vire au mystique ludique de l'orthodoxe qui a trop lu Bouddha, et ça se termine avec une bonne gifle de retour à la réalité… Pourrait-on croire… Mais non : la scène est vide et "une forte odeur de pommes pénètre dans la salle de spectacle"… Visniec, poète ET dramaturge, reste fidèle à ses principes : il nous a titillé l'imaginaire, il a secoué notre logique et provoqué nos consciences, mais il ne dira rien de plus. 

C'est une pièce comique et aérienne. Le cynisme ici est presque absent, même si le destin que prédit la femme, comme en plaisantant, à cet exclu volontaire, est une vie de panda dans la cage d'un zoo. Lui qui ne concevait que l'éphémère, la musique, lui qui n'engendrait que l'immatériel, oiseaux invisibles de lumière aveuglante, fruits des gènes offerts par cette femme, sera t'il contraint à l'impossible reproduction par les mains pataudes de zoologistes agrippés à sa fourrure noire et blanche ? 

Mais ce ne sont là que spéculations, divagations, commentaires du lecteur avide de paraboles. Le texte de Visniec, lui, reste simple, au premier degré, même dans son comique, son absurde et sa poésie. Même dans sa vision de l'homme et de la femme. Même dans ses feintes à la logique, il reste toujours d'une évidence absolue. 

C'est pourquoi nous voulons rire et faire rire. C'est pourquoi le plaisir nous envahit et l'envie nous démange de nous confronter à ce que Visniec sait si bien écrie : le théâtre. 

Rémi Rauzier 

Comédien et metteur en scène, Rémi Rauzier a signé la première mise en scène en France de "L'Histoire des ours pandas…", spectacle créé par la Compagnie PLI URGENT de Lyon et présenté au Festival de théâtre d'Avignon (OFF-1995). 

La femme comme champ de bataille. 

L'œuvre de Matéi Visniec est déjà riche de nombreuses pièces de théâtre. Ce qui est stupéfiant pour un auteur relativement récent. Rares aussi sont les auteurs dont l'inspiration est aussi variée. Pièces comiques, ou essentiellement poétiques voisinent avec des œuvres plus graves. La femme comme champ de bataille serait à ranger dans cette dernière catégorie si l sujet qu'elle traite ne la faisait plutôt classer dans les œuvres essentielles. Dès la lecture, c'est l'urgence de la présenter sur scène qui s'impose d'abord. 

Tout en dénonçant les rapports que l'Occident entretient avec l'Europe Centrale et décrivant les attitudes condescendantes qu'il pratique vis-à-vis des tragiques événements des Balkans, Matéi Visniec nous met en présence de deux femmes plongées dans la réalité de la tragédie bosniaque. Toutes les deux victimes. Toutes les deux déchirées. Toutes les deux marquées à vie. L'une dans l'intimité de sa conscience. Et tout cela avec un ton personnel, une économie de moyens, ne rigueur dans le style qui impressionne à une époque où la manière d'écrire favorise le brillant aux dépens du constat. 
Matei Visniec en famille
Chez Visniec, les images naissent des mots, crus et poétiques. D'une écriture où l'extrême violence des mots et de ce qu'ils recouvrent s'allie à une musicalité, un rythme, une poésie qui font resurgir d'une manière plus forte encore la violence et l'horreur que véhicule cette situation de l'extrême. 

Il semble qu'une telle œuvre appelle une mise en scène faite de rigueur et de sobriété évacuant tout naturalisme. Nous sommes dans l'univers de l'horreur et de l'indignation. Les mots se suffisent à eux-mêmes, aidons-les à s'épanouir. Comme toujours au théâtre, c'est le jeu de l'actrice qui sera l'essentiel. Elles ont été bien choisies, laissons-les vivre les silences d'où naîtrons les images. Celle de Dorra la femme violée. Celle de Kate à la recherche dans les charniers de Srebrenica ou de Prijedor, de son identité perdue. 

Guy Retore 

Metteur en scène, Guy Retore a dirigé pendant de nombreuses années Le théâtre de l’est parisien. Il a signé la mise en scène de "La femme comme champ de bataille" en 1999, spectacle présenté aussi au Festival d'Avignon (OFF).

 
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Cléopatra Lorintiu est écrivain, poète, journaliste, chroniqueuse, éditrice, productrice, réalisatrice TV, grand reporter et diplomate
 
    
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